Drapeau du Mexique

La DS au Mexique, par Rodrigo et le Docteur Danche

Le Mexique a été un site de production de la DS, mais dans l'ouvrage de référence d'Olivier De Serres, j'ai nommé « la DS au Panthéon de l'automobile », il y a juste l'entrefilet ci-contre.

Le docteur Danche s'était bien juré d'en savoir plus, mais ne savait pas trop comment s'y prendre.

Et puis un jour Rodrigo a pris contact avec moi depuis la lointaine Amérique latine.

Extrait de l'ouvrage « la DS au Panthéon de l'automobile » consacré au Mexique

Rodrigo a commencé par rectifier le texte d'O. De Serres :

1- Les DS ont été importées au Mexique à partir de mi 1959.

2- Elles ont été assemblées à Puebla, de 1960 à 1964 (et non 62) ; Puebla est à 120 km au Sud-Est de Mexico.

3- La production a essentiellement été des ID (y compris breaks). C'est seulement en 1964 qu'une poignée de DS19 à second nez ont été produites en BVM. On parle d'une poignée, mais sans doute bien plus que 20, car il y a au moins 10 survivantes de 1964 qui sont recensées.

4- Sur la production mexicaine, les sièges étaient exactement identiques à la France : helanca, rhovyline, similoid rio. Jamais de cuir d'origine. Mais souvent les propriétaires ont voulu ensuite être plus chic, avec du vinyl ou du cuir.

5- Le nom de l'Espagnol cité dans le texte (en réalité un Français d'origine espagnole) était Antonio Balaguer, domicilié à Avenida Chapultepec dans la ville de Mexico, jusqu'au milieu des années 80.

Annonce publicitaire Citroën au Mexique

Il a ensuite enchaîné avec ceci :

L'histoire de Citroën au Mexique a été en grande partie écrite par mon ami Richard Bonfond dans son livre sur Citroën en Amérique du Nord, « What A Ride – Growing Up With Citroën in North America », que je vous recommande. Lien pour acheter le livre.

Voici en résumé ce que dit le chapitre 7 sur le Mexique :

L'ID19 fut introduite à partir de la fin 59 au Mexique, les voitures étaient importées de France et arrivaient par le port de Veracruz, dans le golfe du Mexique.

Citroën ouvrit son bureau de vente à Mexico à Sullivan N°25. Une adresse annexe était à Marina Nacional N°39, plutôt orientée vers les pièces ou la location.

Le Directeur de « Citroën Distribuidora de México S.A. » était Jean Trevoux (plus connu pour sa carrière de pilote), son directeur technique était Henri Muneaux, et son directeur des ventes était Roger Marcellin.

Puis en 1960 la production d'ID 19 a démarré à Puebla. Le nom de l'usine était Planta Armadora Packard, de la compagnie Automotriz O'Farrill S.A.

Auparavant, Automotriz O'Farrill avait bâti sa réputation en construisant des Packards et des camions Mack.

Les véhicules produits à Puebla avaient des numéros de châssis spécifiques, indiquant le numéro de moteur, le type de véhicule, le numéro de série et la date de production.

L'ID19 était proposée à la fois en berline et en break. Contrairement à d'autres sites de production en dehors de France (Slough, Forest, Johannesbourg), les Citroën fabriquées au Mexique étaient exactement identiques aux modèles France, les composants impossibles à dupliquer exactement étaient importés de France.

Les DS à boîte hydraulique n'ont jamais été construites à Puebla, mais en 1964, quelques DS à boîte manuelle ont été faites.

En sortie d'usine, les ID étaient équipées de pneus Michelin, puis convoyées jusqu'au QG de Citroën à Mexico mais là, avant la mise à disposition du commercial, les pneus étaient remplacés par des Goodrich-Euzkadi, produits au Mexique.

Les prix des ID étaient fixes, avec une publication au journal officiel.

Ici en PDF le journal de juin 61, avec toutes les marques, et l'extrait pour Citroën.

Extrait du journal officiel de 1961 : prix fixes des Citroën ID

La réputation de Citroën au Mexique était bonne, les ventes allaient bien et les voitures étaient considérées comme fiables. La zone principale de vente était centrée sur Mexico et ses proches environs. Le second endroit qui marchait bien était Guadalajara.

En 1963, la direction de Citroën à Mexico décida d'envoyer à Guadalajara José Apodaca, un mécano confirmé, pour y entretenir les voitures. M. Apodaca resta sur place dans un premier temps mais quand Citroën quitta le pays, il revint à Mexico pour y ouvrir une boutique Citroën indépendante. Il y vendait les accessoires, des Robri, des phares additionnels Marchal, qui étaient très demandés et même standard sur la dernière année de production 1964.

Les véhicules produits en 1964 avaient le deuxième nez et le nouveau tableau de bord. Très peu furent fabriqués, c'était la dernière année de présence au Mexique de Citroën et de plusieurs autres marques étrangères produisant au Mexique, du fait de changements prévus dans les règles d'importation.

En effet, en 1962, Adolfo Lopez Mateos, président du Mexique, décréta l'interdiction de l'importation des voitures, camions, pièces détachées, etc. Tout devrait désormais être produit au Mexique.

Le décret passa en application en 1964, entraînant le retrait de Citroën, Peugeot, Alfa Romeo, Fiat, Ferrari, DKW, Mercedes Benz, Austin, Hillman, Sunbeam, Jaguar et Rolls Royce. Seules quelques marques telles que Chevrolet, Rambler, Ford, Dodge, VW, Renault et Datsun restèrent.

De plus, cette nouvelle réglementation conduisait aussi à ce que les pièces détachées deviennent indisponibles.

Une personne contribua beaucoup à garder sur place la marque en vie : Ernesto Hernandez, surnommé le « maestro ». Il avait commencé à travailler pour Citroën à l'âge de 16 ans et reprit le flambeau en 1964. Felicitaciones Señor Hernandez ! Surtout quand on pense à l'ingéniosité qu'il a fallu en l'absence de pièces détachées.

Aujourd'hui encore son fils Felipe continue à entretenir la flamme Citroën au Mexique.

L'usine de Puebla
Publicité Citroën mexicaine
Publicité « auto del futuro » pour la Citroën

Concernant les survivantes au Mexique.

Il n'y a pas au Mexique d'ID en état d'origine (ou s'il y en a, Rodrigo n'y a pas accès).

Rodrigo possède deux breaks (62 et 64) mais ils sont très peu d'origine.

Toutefois ils ont cette superbe particularité d'avoir le tableau de bord avec inscriptions en espagnol.

On le devine ici.

Break ID de Rodrigo

Voici un zoom sur les inscriptions en espagnol.

Zoom sur les inscriptions en espagnol du tableau de bord

AVANCE

CARGA (Charge)

CUADRO (Tableau)

Tableau de bord : avance, carga, cuadro

LAVA P.B. (Lave-glace)

LIMPIA P.B. (Essuie-glace)

Commandes lava P.B. et limpia P.B.

ARRANCADOR (Démarreur)

CONTACTO (Contact)

LUX INT. (Plafonnier)

STARTER

CALEFACCIÓN DEL. (DEL pour Delantero : avant. En France, ce bouton « Chauffage AV » est installé un cran plus à droite.)

Commandes arrancador, contacto, lux int., starter, calefacción del.

En complément, voici la facture de vente en pesos d'une ID 1961 made in Mexico.

Facture de vente en pesos d'une ID 1961

Et un second exemple.

Seconde facture de vente d'une ID mexicaine

… avec toutes ses plaques, dont le très mystérieux ID19FR sur le moteur !

Plaques d'une ID de Puebla, dont la plaque moteur ID19FR

Enfin, Rodrigo possède aussi la DS19 achetée par le consul du Mexique à Paris.

C'est une voiture faite à Javel, importée fin 59, et qui est intéressante. Elle a aujourd'hui 80 000 km d'origine, mais a été transformée en BVM.

Son harmonie : bleu Monte Carlo, toit blanc Carrare, avec du helanca bleu qui a été préservé sous de belles housses blanches.

Elle a été achetée au GARAGE SPORTING (Agence officielle Renault), 143 Rue de Saussure, Paris 17e.

Datée du 21 juin 1959, 2020 dollars, châssis numéro 4 004 008.

DS19 du consul du Mexique à Paris

Et voici une dernière curiosité envoyée par Rodrigo, avec cette facture d'une DS21 boîte mécanique du tout début du millésime 68, numéro 4 482 437, vendue neuve à l'ambassadeur de France à Mexico, Jacques Vilmont.

Elle fut expédiée en bateau du Havre à Veracruz, cette ville au nom tellement exotique, qui fut magnifiée en son temps dans « la cité de la peur ».

Voici sa facture :

Sa couleur est : « negro/negro », intérieur cuero.

Le « bocina de aire », ce sont les avertisseurs à compression jumelés, qui sont en option.

Les « 5 ruedas identicos », c'est un cas « export » de 5 pneus identiques, que nous avons déjà commenté dans la rubrique sur les factures d'achat.

Et le comble c'est le « Soporte Banderin ». C'est-à-dire le porte-drapeau !

Dix fois le prix (en dollars) d'un rétroviseur !

Facture de la DS21 vendue à l'ambassadeur de France à Mexico

Et cette page sur le Mexique se termine sur un hommage aux deux fameux pilotes casse-cou, Ricardo et Pedro Rodriguez, tous deux morts en course.

La photo date du 15 janvier 1961, les frères Rodriguez sont engagés dans une course à Mexico, sur des Sunbeam Rapier, numéros 1 et 2. Ils finiront d'ailleurs à ce classement, les belles DS siglées « Citroën » pour être reconnues n'auront pu lutter contre leur fougue insensée.

Les frères Rodriguez sur Sunbeam Rapier, Mexico, 15 janvier 1961

Additif (novembre 2026)

Chris Dubuque, le plus passionné de Citroën aux USA, s'est rendu à Mexico, au Mexique. Son objectif était de rencontrer Felipe Hernandez, le dernier spécialiste DS mexicain.

Carte de visite de Felipe Hernandez

Dans un quartier très traditionnel de Mexico, Chris a trouvé l'officine, 278 C. Pablo Garcia, Mexico City, voici le lien pour l'emplacement.

Façade de l'atelier de Felipe Hernandez à Mexico

Sur place, et malgré la barrière de la langue (ils ont traduit à mesure avec leurs téléphones…), Chris a pu échanger longuement avec Felipe.

Chris Dubuque et Felipe Hernandez

Felipe lui a fait les honneurs de sa boutique :

- des pièces NOS envoyées à l'époque au Mexique et gardées depuis. Ce sont des pièces des premiers modèles, les seuls à avoir été envoyés au Mexique par Citroën

- des pièces qu'il fabrique lui-même selon les besoins

- des pièces commandées aux fournisseurs européens habituels.

Pièces détachées dans la boutique de Felipe

Sa voiture personnelle est une ID19 jaune, année modèle 1962.

ID19 jaune de 1962 de Felipe Hernandez

Elle est d'origine mexicaine et son numéro de série de Puebla.

Plaque de série de Puebla de l'ID19 jaune

Une DS23ie, deux breaks étaient aussi dans la boutique, et cet autre modèle était dehors.

Quel incroyable garage du bout du monde !

Un grand merci à Chris pour cette découverte.

Autres Citroën DS devant et dans l'atelier